Coquelicots

Un coquelicot
Au milieu d’un champ
Du bocage normand
Au creux des blés
Pas très loin des pommiers

Un autre ailleurs
Le long d’un muret
Sous le cerisier
Où l’oiseau sourit
En banlieue de Paris

Le vent divin les a conduit
Et ils se sont dit oui
En ce 21 avril
De l’amour le fil
Ils se sont entourés

Depuis ce temps
C’est avec tendresse
Et joie sans cesse
Qu’ils s’épanouissent
Donnant naissance à un fils

Profitons de la vie
De ces instants bénis
Lorsque au printemps
Nous ne pouvons aller
C’est en le créant
Qu’il peut se réinventer

À nos deux ans de mariage

Ben (21/04/2020)


Une jeune demoiselle

Mes souvenirs s’évadent,
Moi qui pensait les avoir bien enfermés
Je sens bien que tout se délite
Mais je vis dans les méandres de ma pensée

Au pressé, au passant,
Au passé, au présent
Point de futur que l’usure,
Qui toujours me dévore,
M’assaille et me rattrape.

Voilà maintenant que je suis enfermée
À la place de mes souvenances
Je ne sais plus ce que je suis
Je ne suis plus ce que je fus
Et dans cette chambre condamnée,
Je suis perdue, déboussolée

A qui confier mon désarroi ?
Qui pourra entendre mes tracas ?
Soudain, quelqu’un que je ne connais pas
M’emmène vers la fenêtre d’une douce voix

Des gens chantent et se font poètes
Serait-ce pour nous conter fleurette ?
Il y a aussi cet ustensile
J’ai le mot sur la langue
Vous savez, avec des touches noires et blanches

Dans cette gentille drôlerie
Je repense à ces après midi
Où, près des miens je me trouvais
Dans la joie de la maisonnée
Je chante au milieu de tous réunis
Des airs de Brel, de Piaf aussi
Une jeune demoiselle je suis
Qui danse dans les rues de Paris
Voici mon accompagnateur
Au piano il joue presque par cœur

J’ai trouvé ce mot qu’il me manquait !
Mais, que font là ces gens masqués
Ils reviendront, ont-ils promis
D’un ton joyeux, ils sont repartis
C’est le village entier mobilisé
Qui prend soin de ses aînés

Ben (18/04/2020)


Un voyage dans le coma

Un voyage dans le coma
Je me réveille loin de chez moi
Où suis-je ? Que fais-je là ?
Je résiste au corona

J’essaye de communiquer
Je ne peux plus parler
Mais lorsque j’y arrive
C’est l’infirmière qui s’en prive

Elle est allemande
Et ne comprend pas
Ce que je demande
Pourquoi je suis là

Bientôt on m’explique
Tous les gestes techniques
L’expédition sanitaire
Pour me tirer d’affaire

De Paris à Bordeaux
De Colmar à Fribourg
La ronde des hôpitaux
Est acte de bravoure

Maintenant je suis guéri
Comment leur dire merci
Un supplément de vie
De sourire je choisis

Et chaque jour que Dieu fait
Je désire en profiter
Et investir chaque seconde
À embellir ce monde

Ben (10/04/2020)