L’île aux cerfs

Poussière je suis né
Et j’y retourne désormais
Personne ne m’a réclamé
Dans une fosse je suis enterré

J’habitais au cœur du Bronx
C’est sans le sou que je marchais
Cherchant l’abri de ma raison
Dans l’enfer de ce quartier

J’espérais une meilleure vie
Loin des déserts que je connus
Je ne voyais pas la mort ainsi
Asséché par ce virus imprévu

C’est maintenant sur Hart Island
Que ma trace s’oublie un peu plus
Au milieu des cercueils en bande
Là où le cerf ne brame plus

De l’humanité je n’aurais goûté
Qu’à l’ironie de l’attribut « commune »
Donné à cette longue tranchée
Fermée sans marque aucune

Près d’un million de mes confrères
Sont entassés sans oraison
Ne reste sur cette langue de terre
Que le silence de l’abandon

Ayant avec Dieu fait la paix
Mon âme n’est pas oubliée
Tel Lazare et le mauvais riche
Quittant ce monde en friche

Ben (11/04/2020)


Quel cauchemar

Et si tout cela n’était qu’un cauchemar ?
C’est vrai,
Si depuis le début, tout était faux.
Et si ce virus n’existait pas,
Qu’il n’était jamais apparu,
Il ne dévasterait pas ce monde.

Plus de peur, plus de pandémie,
Plus de crise, plus de confinement…

Réveille-toi, le monde reste tel qu’il est…
Avec ses autres peurs, ses autres crises,
Ses autres malheurs…
Dans quel monde faudrait-il vivre ?

Celui de la tendresse, du partage,
Du vivre ensemble, de la parole tenue,
De l’oiseau qui réveille par ses douces mélodies un printemps tant attendu
De l’enfant qui vient de naître et qui sourit avec innocence à la vie qui l’attend
Un monde idéal ou un monde infernal ?

Chacun vit dans un monde différent,
Fait d’illusions et d’espérances
Mais souvenons-nous qu’après rêve ou cauchemar,
nos yeux s’ouvriront pour écrire une nouvelle page de notre histoire

Saisissons donc l’opportunité
puisqu’il nous faut vivre le cauchemar
de resserrer les cœurs
Dans une solidarité retrouvée
Pour faire de l’homme un être meilleur

Ben (21/03/2020)