Seule au milieu

Des milliards,
D’humains confinés sur la planète
De masques à trouver pour les têtes
D’euros qui creusent les dettes
De tests qu’on crée, use et jète

Et moi je suis seule, confinée
Seule à voir le monde se déchirer
Tandis qu’on parle de nous, de notre humanité
Seule à combattre contre des milliers
D’étrangers dans mon corps fatigué
Pendant que d’autres jouent aux inconsidérés
Moi, j’essayais de vous soigner
Aujourd’hui je suis contaminée

Je vous en veux, oui un peu
On aurait tous pu faire mieux
Et puis j’entends vos mercis
Vos applaudissements et autres bruits
Je les prends et les amasse
dans un coin de mon cœur
Le temps de refaire surface
Loin de toutes mes peurs

Comment tout cela va se terminer
Pour moi, pour nous, on est tous liés
J’espère en une réponse encourageante
Et continuer ma passion d’être soignante

Pour Andrea, Aurore et toutes les soignantes

Ben (23/04/2020)


Une jeune demoiselle

Mes souvenirs s’évadent,
Moi qui pensait les avoir bien enfermés
Je sens bien que tout se délite
Mais je vis dans les méandres de ma pensée

Au pressé, au passant,
Au passé, au présent
Point de futur que l’usure,
Qui toujours me dévore,
M’assaille et me rattrape.

Voilà maintenant que je suis enfermée
À la place de mes souvenances
Je ne sais plus ce que je suis
Je ne suis plus ce que je fus
Et dans cette chambre condamnée,
Je suis perdue, déboussolée

A qui confier mon désarroi ?
Qui pourra entendre mes tracas ?
Soudain, quelqu’un que je ne connais pas
M’emmène vers la fenêtre d’une douce voix

Des gens chantent et se font poètes
Serait-ce pour nous conter fleurette ?
Il y a aussi cet ustensile
J’ai le mot sur la langue
Vous savez, avec des touches noires et blanches

Dans cette gentille drôlerie
Je repense à ces après midi
Où, près des miens je me trouvais
Dans la joie de la maisonnée
Je chante au milieu de tous réunis
Des airs de Brel, de Piaf aussi
Une jeune demoiselle je suis
Qui danse dans les rues de Paris
Voici mon accompagnateur
Au piano il joue presque par cœur

J’ai trouvé ce mot qu’il me manquait !
Mais, que font là ces gens masqués
Ils reviendront, ont-ils promis
D’un ton joyeux, ils sont repartis
C’est le village entier mobilisé
Qui prend soin de ses aînés

Ben (18/04/2020)


Gueules dévisagées

Les avez-vous vu ?
Ne l’avez-vous point su ?
Il faut le voir
Pour ne pas y croire

Ces marques
De masques
Constamment portés
Toute la journée

Aucune photo de carnaval
Sur le réseau social
Mais celles de nos soignants
Aux visages souffrants

Du rouge, du jaune, des bleus
Des formes variées autour des yeux
Pour les hommes et pour les femmes
On assiste tous au même drame

Des heures d’affilée
Des blouses enfilées
Oscillant entre guérison et décès
Ils sont la définition de l’humanité

Et quand, rentrant chez eux
Après avoir fait de leur mieux
Ils effraient leur anges
Ce n’est pas mérité

A jamais nous pouvons
Pour toujours nous devons
Rendre hommage
À ces gueules dévisagées

Ben (16/04/2020)