Seule au milieu

Des milliards,
D’humains confinés sur la planète
De masques à trouver pour les têtes
D’euros qui creusent les dettes
De tests qu’on crée, use et jète

Et moi je suis seule, confinée
Seule à voir le monde se déchirer
Tandis qu’on parle de nous, de notre humanité
Seule à combattre contre des milliers
D’étrangers dans mon corps fatigué
Pendant que d’autres jouent aux inconsidérés
Moi, j’essayais de vous soigner
Aujourd’hui je suis contaminée

Je vous en veux, oui un peu
On aurait tous pu faire mieux
Et puis j’entends vos mercis
Vos applaudissements et autres bruits
Je les prends et les amasse
dans un coin de mon cœur
Le temps de refaire surface
Loin de toutes mes peurs

Comment tout cela va se terminer
Pour moi, pour nous, on est tous liés
J’espère en une réponse encourageante
Et continuer ma passion d’être soignante

Pour Andrea, Aurore et toutes les soignantes

Ben (23/04/2020)


Gueules dévisagées

Les avez-vous vu ?
Ne l’avez-vous point su ?
Il faut le voir
Pour ne pas y croire

Ces marques
De masques
Constamment portés
Toute la journée

Aucune photo de carnaval
Sur le réseau social
Mais celles de nos soignants
Aux visages souffrants

Du rouge, du jaune, des bleus
Des formes variées autour des yeux
Pour les hommes et pour les femmes
On assiste tous au même drame

Des heures d’affilée
Des blouses enfilées
Oscillant entre guérison et décès
Ils sont la définition de l’humanité

Et quand, rentrant chez eux
Après avoir fait de leur mieux
Ils effraient leur anges
Ce n’est pas mérité

A jamais nous pouvons
Pour toujours nous devons
Rendre hommage
À ces gueules dévisagées

Ben (16/04/2020)


L’île aux cerfs

Poussière je suis né
Et j’y retourne désormais
Personne ne m’a réclamé
Dans une fosse je suis enterré

J’habitais au cœur du Bronx
C’est sans le sou que je marchais
Cherchant l’abri de ma raison
Dans l’enfer de ce quartier

J’espérais une meilleure vie
Loin des déserts que je connus
Je ne voyais pas la mort ainsi
Asséché par ce virus imprévu

C’est maintenant sur Hart Island
Que ma trace s’oublie un peu plus
Au milieu des cercueils en bande
Là où le cerf ne brame plus

De l’humanité je n’aurais goûté
Qu’à l’ironie de l’attribut « commune »
Donné à cette longue tranchée
Fermée sans marque aucune

Près d’un million de mes confrères
Sont entassés sans oraison
Ne reste sur cette langue de terre
Que le silence de l’abandon

Ayant avec Dieu fait la paix
Mon âme n’est pas oubliée
Tel Lazare et le mauvais riche
Quittant ce monde en friche

Ben (11/04/2020)