Confinement exquis

Pour que deux mille cent vingt s’en souvienne
Voilà où nous en sommes
Des hommes mangent ensemble derrière un écran
Des kangourous sautent sur le béton
Des concerts ont lieu sur les balcons
Des moutons jouent au tourniquet
Des boulangers vendent des livres
Des pingouins marchent sur le trottoir
Des poèmes sont criés par les fenêtres
Des convois d’éléphants traversent les routes
Des enfants rêvent d’aller à l’école
Des lions jouent au golf
Des grands restaurants servent des hôpitaux
Des chiens sortent leurs maîtres
Et nous tenons à vous préciser
Que ce ne sont pas des cadavres exquis

Ben (28/04/2020)


Un voyage dans le coma

Un voyage dans le coma
Je me réveille loin de chez moi
Où suis-je ? Que fais-je là ?
Je résiste au corona

J’essaye de communiquer
Je ne peux plus parler
Mais lorsque j’y arrive
C’est l’infirmière qui s’en prive

Elle est allemande
Et ne comprend pas
Ce que je demande
Pourquoi je suis là

Bientôt on m’explique
Tous les gestes techniques
L’expédition sanitaire
Pour me tirer d’affaire

De Paris à Bordeaux
De Colmar à Fribourg
La ronde des hôpitaux
Est acte de bravoure

Maintenant je suis guéri
Comment leur dire merci
Un supplément de vie
De sourire je choisis

Et chaque jour que Dieu fait
Je désire en profiter
Et investir chaque seconde
À embellir ce monde

Ben (10/04/2020)


La vague

La vague,
Celle de la tempête,
Déferlant d’est en ouest
Avale, déchire, rejette
Et lorsqu’elle se retire
Plus rien ne reste
Elle submerge,
Devient un raz de marée
Dévastant sur son passage
Même les bateaux
Les mieux arrimés

De l’extérieur,
À l’intérieur,
Tout n’est que désastre,
Puissante colère,
Agitation
Et folle destruction

Cette vague
Est arrivée,
Chez nous aussi,
Comme une claque
En pleine tête
Submergeant nos vies,
Nos hôpitaux
Sans masques pour plonger,
L’alerte lancée depuis bien longtemps
Nous rattrape et nous confine
En un rien de temps
Ne nous laissant aucune occasion
De reprendre notre respiration

Elle n’est pas seule
Et lorsque sa mer,
Ouvre sa gueule,
Elle emmène sans se taire
Les cris des violences
Les larmes de silence
Qui dans les maisons
Dépassent la raison

Ah, quand cesseras-tu
De venir nous secouer
Comme si tu nettoyais
Alors que tu nous tues ?

Demain, tu ne seras plus
L’orage, de courte durée
Chargé d’électricité
Opérera sa mue

Une autre vague surgira,
Celle de l’espoir cette fois
Plus douce, plus calme
Qui bercera nos âmes

Alors on pourra apprécier
De pouvoir naviguer
Au rythme paisible
D’un océan des possibles

Ben (28/03/2020)