Seule au milieu

Des milliards,
D’humains confinés sur la planète
De masques à trouver pour les têtes
D’euros qui creusent les dettes
De tests qu’on crée, use et jète

Et moi je suis seule, confinée
Seule à voir le monde se déchirer
Tandis qu’on parle de nous, de notre humanité
Seule à combattre contre des milliers
D’étrangers dans mon corps fatigué
Pendant que d’autres jouent aux inconsidérés
Moi, j’essayais de vous soigner
Aujourd’hui je suis contaminée

Je vous en veux, oui un peu
On aurait tous pu faire mieux
Et puis j’entends vos mercis
Vos applaudissements et autres bruits
Je les prends et les amasse
dans un coin de mon cœur
Le temps de refaire surface
Loin de toutes mes peurs

Comment tout cela va se terminer
Pour moi, pour nous, on est tous liés
J’espère en une réponse encourageante
Et continuer ma passion d’être soignante

Pour Andrea, Aurore et toutes les soignantes

Ben (23/04/2020)


L’homme s’habitue à tout

L’homme s’habitue à tout
Semaine après semaine
Dimanche après dimanche
Les chiffres s’enchaînent
Les oreilles étanchent

L’homme s’habitue à tout
Aux horreurs médiatiques
Aux séries d’adrénaline
Les vues se cliquent
Les yeux déclinent

L’homme s’habitue à tout
Des réseaux au bout des doigts
Aux boutons déclencheurs
Le confort déçoit
Les mains épeurent

L’homme s’habitue à tout
Aux complots mondiaux
Aux insultes gratuites
Les ragots sont dévots
La bouche cuite

L’homme s’habitue à tout
Dans son confinement
Dans son doux narcisse
Les autres sont absents
Les cœurs refroidissent

Tellement habitué
Et jamais surpris
l’homme n’a pas senti
Soudainement arriver

Son corps contaminé
Son travail s’arrêter
Son souffle feindre
Sa vie s’éteindre

À l’éternité
S’était-il préparé ?
Rien ne nous appartient
Habituons nous à y penser

Ben (12/04/2020)