Porte bonheur

Alors que les clochettes sonnent
Pour marquer du mois d’avril la fin
Le muguet de son magnifique parfum
Fait son entrée sans voir personne

Pour s’encourager dans la joie
On va s’envoyer cette fleur virtuelle
Accompagnée de pensées usuelles
Comme si le bonheur était sans voix

Pas de vendeurs au coin des rues
Ni de manifestations prévues
Nous ne fêterons pas le chômage
De ceux qui subissent l’orage

Où donc trouver le bonheur ?
Tu peux le porter à l’intérieur
Il suffit de laisser ton créateur
Le déposer au fond de ton cœur

Ben (01/05/2020)


Seule au milieu

Des milliards,
D’humains confinés sur la planète
De masques à trouver pour les têtes
D’euros qui creusent les dettes
De tests qu’on crée, use et jète

Et moi je suis seule, confinée
Seule à voir le monde se déchirer
Tandis qu’on parle de nous, de notre humanité
Seule à combattre contre des milliers
D’étrangers dans mon corps fatigué
Pendant que d’autres jouent aux inconsidérés
Moi, j’essayais de vous soigner
Aujourd’hui je suis contaminée

Je vous en veux, oui un peu
On aurait tous pu faire mieux
Et puis j’entends vos mercis
Vos applaudissements et autres bruits
Je les prends et les amasse
dans un coin de mon cœur
Le temps de refaire surface
Loin de toutes mes peurs

Comment tout cela va se terminer
Pour moi, pour nous, on est tous liés
J’espère en une réponse encourageante
Et continuer ma passion d’être soignante

Pour Andrea, Aurore et toutes les soignantes

Ben (23/04/2020)


Tu me manques à cette heure

Tu me manques à cette heure
Au milieu de mes langueurs
La belle cité des mineurs
Terroir cher à mon cœur

Les souvenirs j’ai laissé
Dans une maison jumelée
Au coeur des vertes forêts
Et des vestiges d’un temps passé

Confiné désormais
Sur une île de France
Je ne peux qu’admirer
Les printemps de mon enfance

Ce ciel bleu et sans nuage
Le soleil effleurant le visage
Chuchotant aux fleurs dès le matin
Que la journée se passerait bien

Foncer à toute allure sur le vélo
Dans les rues et venelles du Gué Plat
Aller à la coop ou au camion pizza
Rejoindre les copains près du transfo

Vivement la fin de cette crise sanitaire
Pour enfin pouvoir respirer ton air
Voir de mes yeux La Ferrière
Vibrer comme si j’étais parti hier

Ben (15/04/2020)


L’homme s’habitue à tout

L’homme s’habitue à tout
Semaine après semaine
Dimanche après dimanche
Les chiffres s’enchaînent
Les oreilles étanchent

L’homme s’habitue à tout
Aux horreurs médiatiques
Aux séries d’adrénaline
Les vues se cliquent
Les yeux déclinent

L’homme s’habitue à tout
Des réseaux au bout des doigts
Aux boutons déclencheurs
Le confort déçoit
Les mains épeurent

L’homme s’habitue à tout
Aux complots mondiaux
Aux insultes gratuites
Les ragots sont dévots
La bouche cuite

L’homme s’habitue à tout
Dans son confinement
Dans son doux narcisse
Les autres sont absents
Les cœurs refroidissent

Tellement habitué
Et jamais surpris
l’homme n’a pas senti
Soudainement arriver

Son corps contaminé
Son travail s’arrêter
Son souffle feindre
Sa vie s’éteindre

À l’éternité
S’était-il préparé ?
Rien ne nous appartient
Habituons nous à y penser

Ben (12/04/2020)


Occupation

Tandis que les jours passent
Et que nos cœurs se lassent
Nous quêtons l’occupation
Au sein de nos maisons

Les jeux de société
Par écran interposé
L’apéro réinventé
De familles éloignées

Et puis sur les réseaux
Poussent des défis rivaux
De la photo d’enfance
Au sport à distance

Des artistes aussi
Se mettent des défis
Chaque jour de poster
Le fruit de leurs idées

Renaud Capuçon
Joue un air de violon
Tel un stradivarius
On oublie le virus

Goldman, Vanessa Paradis
Poussent la chanson pour dire merci
D’autres comme Calogero
Créent depuis leur piano

Les enfants jardinent
Les parents dessinent
Les ministres déclament
Les soignants réclament

Deux poids, quatre mesures
On n’a pas idée du futur
Restons bien confinés
Travaillant notre pensée

Ben (06/04/2020)